La vente d’un fonds de commerce en viager est une réalité juridique méconnue, même de nombreux professionnels de la transmission d’entreprise.
Elle peut constituer une alternative sérieuse à la cession classique lorsqu’un repreneur solvable est difficile à trouver, ou lorsque le prix de vente envisagé ne permettra pas de vivre correctement à la retraite.
Mais le viager professionnel fonctionne différemment du viager immobilier sur plusieurs points fondamentaux, et ses spécificités doivent être comprises avant d’envisager cette voie.
Est-ce légalement possible de vendre un commerce en viager ?
Oui, sans ambiguïté.
Beaucoup de commerçants et d’artisans pensent que le viager est réservé à l’immobilier résidentiel. C’est une idée reçue. L’article 1968 du Code civil, qui pose le cadre juridique des rentes viagères, vise explicitement les biens meubles et les immeubles.
Un fonds de commerce est un bien meuble incorporel au sens juridique : il entre donc dans le champ d’application du viager.
La vente viagère d’un fonds de commerce obéit aux mêmes conditions de validité que tout contrat de viager :
- Existence d’un aléa réel (l’incertitude sur la durée de vie du vendeur au moment de la signature),
- Capacité des parties à contracter
- Absence de dol ou de vice du consentement
Si la mort du vendeur est imminente ou certaine à brève échéance et connue des deux parties au moment de la signature, la vente peut être frappée de nullité, exactement comme pour un viager immobilier.
La même logique s’applique aux titres de société. Si le commerçant exploite son activité via une SARL, une SAS ou une société en nom collectif, il peut céder ses parts sociales ou ses actions en viager, à condition d’être lui-même une personne physique détenant ces titres en direct. Une société holding qui détiendrait les parts ne peut pas être vendeur dans un viager professionnel. Cette contrainte concerne généralement les grandes structures : pour les artisans, commerçants et restaurateurs indépendants, la configuration directe est la plus courante.
Le viager professionnel : ce qui le distingue fondamentalement du viager immobilier
Avant d’aller plus loin, il est indispensable de comprendre pourquoi le viager professionnel est une formule différente dans sa nature, pas simplement une variante du viager immobilier appliquée à un autre type de bien.
Ignorer ces différences, c’est s’exposer à de mauvaises surprises.
L’aléa est double dans un viager professionnel : la durée de vie du vendeur et la pérennité du commerce

Dans un viager immobilier, l’aléa est simple et bien balisé : la durée de vie du vendeur.
La pierre ne dépose pas le bilan. Un appartement ne perd pas sa clientèle. Un immeuble ne peut pas être mis en liquidation judiciaire. Sa valeur évolue avec le marché, mais elle ne s’effondre pas en quelques mois.
Dans un viager de fonds de commerce, l’aléa est double : la durée de vie du vendeur d’un côté, et la pérennité économique du commerce de l’autre.
Si le repreneur gère mal le restaurant, si la fréquentation chute, si le bail commercial n’est pas renouvelé, si un concurrent s’installe à côté, le repreneur peut se retrouver dans l’incapacité de payer la rente bien avant le décès du vendeur.
Ce risque de défaillance économique est absent du viager immobilier. C’est la première différence fondamentale, et la plus importante.
Le viager professionnel est presque toujours libre
En viager immobilier occupé, le vendeur reste dans son logement jusqu’à son décès et perçoit une rente en contrepartie. Cette formule est la plus répandue parce qu’elle répond à un besoin naturel : rester chez soi tout en monétisant son patrimoine.
Dans un viager professionnel, cette configuration n’existe pas dans les mêmes termes. Pour que le repreneur puisse payer sa rente, il doit pouvoir exploiter le fonds immédiatement. Il n’est pas envisageable que le vendeur reste aux commandes du commerce tout en touchant une rente de l’acheteur : ce serait économiquement incohérent.
Le viager professionnel est donc quasi systématiquement un viager libre, au sens où le vendeur cède la possession et la jouissance du fonds dès la signature de l’acte. Il peut en revanche accompagner le repreneur pendant une période de transition, assurer la formation aux spécificités du commerce, ou intervenir ponctuellement comme consultant, mais il n’est plus l’exploitant.
Pour comprendre la distinction entre viager libre et viager occupé dans le contexte résidentiel, notre guide viager occupé ou viager libre détaille les deux formules.
La valeur du fonds de commerce est volatile, celle de l’immeuble ne l’est pas
Un bien immobilier résidentiel a une valeur relativement stable dans le temps. Elle peut évoluer à la hausse ou à la baisse selon le marché, mais rarement de façon brutale, et en tout cas jamais en raison de la compétence du gestionnaire.
Un fonds de commerce peut perdre 30, 50, voire 100 % de sa valeur en quelques années si la clientèle part, si le secteur se dégrade, si le bail n’est pas renouvelé ou si le repreneur accumule les erreurs de gestion.
Cette volatilité crée un problème structurel pour le viager professionnel : la rente est calculée à partir d’une valeur du fonds estimée au moment de la vente, en appliquant les tables de mortalité de l’INSEE sur l’espérance de vie du vendeur.
Mais ces tables prévoient la durée de vie humaine, pas la durée de vie d’un commerce.
Un repreneur qui a racheté un restaurant en viager peut faire prospérer l’affaire et payer la rente sans difficulté pendant vingt ans. Un autre peut fermer au bout de trois ans, laissant le vendeur sans revenu.
Cette incertitude supplémentaire n’a pas d’équivalent dans le viager immobilier.
Dans quels cas le viager professionnel peut être la bonne solution ?

Les différences exposées ci-dessus ne signifient pas que le viager professionnel est une mauvaise idée.
Elles signifient qu’il convient dans certaines situations spécifiques, et pas dans d’autres.
Voici les configurations les plus favorables.
Le viager professionnel est intéressant quand le fonds de commerce ne trouve pas de repreneur classique
La première cause de cession de fonds de commerce en France est le départ à la retraite du commerçant.
Et dans de nombreux cas, ce départ à la retraite ne s’accompagne pas d’un repreneur évident. Commerce de proximité dans une zone peu attractive, secteur soumis à une pression concurrentielle forte, fonds dont la valeur repose entièrement sur la réputation personnelle du cédant : autant de situations où la vente classique peut traîner pendant des mois ou des années sans aboutir au prix espéré.
Le viager élargit le vivier d’acheteurs potentiels. Un repreneur qui n’a pas les fonds propres suffisants pour acquérir le fonds classiquement peut accéder à la propriété avec un bouquet réduit et des mensualités étalées dans le temps.
Pour le vendeur, c’est une façon de trouver preneur là où la vente classique échoue.
Pour le repreneur, c’est un mode de financement alternatif au crédit bancaire, souvent plus accessible pour des profils jeunes ou sans apport important.
Le viager sur un commerce est plus simple avec un repreneur est connu et de confiance
Le viager professionnel est beaucoup moins risqué quand le repreneur n’est pas un inconnu.
Un collaborateur de longue date qui connaît parfaitement le commerce, ses clients, ses fournisseurs et ses spécificités techniques. Un associé minoritaire qui reprend les parts du majoritaire. Un membre de la famille qui a grandi dans le commerce et en connaît chaque rouage.
Dans ces cas, le risque de défaillance de gestion est limité, la relation de confiance entre cédant et repreneur facilite la transition, et la rente peut être calculée avec une relative sérénité.
C’est souvent dans ce contexte de transmission interne ou familiale que le viager professionnel donne les meilleurs résultats. La dimension affective et relationnelle de la transmission renforce la solidité du contrat bien au-delà de ce que les clauses juridiques peuvent offrir.
Murs et fonds vendus ensemble : le viager professionnel peut avoir du sens
Si le commerçant est également propriétaire des murs de son local commercial, il se trouve dans une position particulièrement intéressante pour structurer un viager professionnel.
En vendant simultanément les murs et le fonds en viager, la partie immobilière de la transaction stabilise le contrat. La valeur des murs ne dépend pas de la qualité de gestion du repreneur : même si l’activité commerciale se dégrade, l’immobilier conserve une valeur propre.
La rente peut être calculée sur la valeur combinée du tout, ce qui accroît mécaniquement son montant mensuel et donne au vendeur une assiette plus large et plus robuste.
Cette configuration est souvent la plus sécurisée pour un viager professionnel. La partie murs fonctionne exactement comme un viager immobilier classique, avec les mêmes garanties (privilège du vendeur, hypothèque légale), tandis que la partie fonds suit la logique propre au viager professionnel.
Les deux volets peuvent être formalisés dans un acte unique ou dans deux actes distincts selon la structuration choisie avec le notaire.
Le viager sur son fonds de commerce est une option pour compléter une retraite insuffisante
Beaucoup d’artisans et de commerçants ont cotisé toute leur vie sur des bases de revenus déclarés inférieurs à leurs revenus réels, dans le souci de réduire leurs charges sociales.
Résultat : leurs droits à la retraite sont souvent décevants au moment de la liquidation.
La vente classique du fonds leur procure un capital ponctuel, mais un capital de 80 000 ou 100 000 € placé à 4 % ne génère que 267 à 333 € par mois. C’est rarement suffisant pour compenser l’écart entre les revenus d’activité et la pension perçue.
Le viager permet de transformer ce capital en rente mensuelle garantie à vie. Pour un commerçant de 63 ans dont le fonds est valorisé à 150 000 €, une rente de 500 à 700 € par mois peut faire une différence significative sur le quotidien, sans la contrainte de gérer un capital qui risque de s’éroder si la longévité dépasse les projections.
Les artisans et commerçants qui anticipent leur retraite suffisamment tôt peuvent combiner la vente viagère de leur fonds avec un viager immobilier sur leur résidence principale pour maximiser leurs revenus mensuels.
Notre guide sur les avantages et inconvénients du viager présente les deux faces de la formule.
Comment calculer la rente d’un viager professionnel ?

Le calcul de la rente dans un viager professionnel suit la même logique actuarielle que pour un viager immobilier, mais avec quelques spécificités importantes liées à la nature de l’actif.
La valeur du fonds de commerce : point de départ identique à une cession classique
La première étape est l’évaluation du fonds de commerce selon les méthodes standard utilisées pour toute cession. Les méthodes les plus courantes sont le multiple du chiffre d’affaires annuel hors taxes (généralement entre 30 et 70 % selon le secteur et la rentabilité du fonds), le multiple de l’EBITDA ou du résultat courant, et parfois la valeur de remplacement des actifs corporels inclus dans la vente.
Un expert-comptable ou un spécialiste de la transmission d’entreprise établit cette valeur de façon formelle, avec un rapport d’évaluation qui servira de base à la négociation.
C’est sur cette valeur de marché que la rente sera ensuite calculée, exactement comme la valeur vénale d’un bien immobilier sert de base dans un viager résidentiel. Pour comprendre la mécanique de ce calcul, notre guide sur le calcul du bouquet et de la rente en viager détaille les paramètres actuariels en jeu.
Le calcul de la rente : tables de mortalité et espérance de vie du vendeur
Une fois la valeur du fonds établie et le bouquet déduit, le solde à renter est divisé sur l’espérance de vie résiduelle du vendeur, calculée à partir des tables de mortalité de l’INSEE. Plus le vendeur est âgé au moment de la vente, plus l’espérance de vie résiduelle est courte et donc plus la rente mensuelle est élevée pour un même capital de départ.
Prenons un exemple concret. Un fonds de restaurant valorisé à 150 000 €, vendu par un commerçant de 63 ans qui perçoit un bouquet de 30 000 € à la signature. La base de calcul de la rente est de 120 000 €. Sur une espérance de vie résiduelle de 20 à 22 ans et avec un taux de capitalisation de l’ordre de 4 %, la rente mensuelle se situe autour de 500 à 600 €. À 68 ans pour le même fonds et le même bouquet, la rente monterait à 700 ou 800 € par mois, la durée résiduelle étant plus courte.
En viager professionnel, il n’y a pas de décote d’occupation à appliquer (il n’y a pas de DUH sur un fonds de commerce) : la valeur de base est utilisée dans son intégralité pour le calcul de la rente.
Le bouquet d’un viager professionnel : plus élevé que dans un viager immobilier ?
Dans un viager immobilier, le bouquet représente généralement entre 15 et 30 % de la valeur vénale du bien.
Dans un viager professionnel, il peut être judicieux pour le vendeur de négocier un bouquet plus élevé, précisément parce que le risque de défaillance de l’acheteur est structurellement plus important. Un bouquet de 40 % ou plus de la valeur du fonds capturé à la signature sécurise une part significative du capital et réduit l’exposition au risque de non-paiement de la rente sur le long terme.
Cette logique a cependant une limite : un bouquet trop élevé dissuade les repreneurs qui n’ont justement pas les fonds propres suffisants, ce qui prive le viager de l’un de ses principaux avantages. L’équilibre dépend du profil du repreneur, du niveau de risque que le vendeur est prêt à accepter, et de la solidité des garanties qui peuvent être inscrites dans l’acte.
La fiscalité d’une cession de fonds de commerce en viager
La fiscalité est souvent le premier critère de décision pour un commerçant qui cède à la retraite.
Deux bonnes nouvelles : les régimes d’exonération applicables aux cessions classiques de fonds de commerce s’appliquent également au viager professionnel, et la rente perçue bénéficie des mêmes abattements que la rente issue d’un viager immobilier.
Le viager professionnel est une cession à titre onéreux : la plus-value s’applique
La vente d’un fonds de commerce en viager est une cession à titre onéreux au sens fiscal, exactement comme une vente classique. Elle génère une plus-value professionnelle soumise aux règles de droit commun. Il n’existe pas de régime fiscal spécifique au viager professionnel. En revanche, tous les régimes d’exonération existants pour les cessions de fonds de commerce s’appliquent de la même façon.
La plus-value est constatée au moment de la cession et calculée sur la valeur totale du fonds, c’est-à-dire bouquet plus valeur capitalisée de la rente. Ce point mérite une attention particulière : la base imposable n’est pas limitée au seul bouquet reçu à la signature. Un accompagnement par un expert-comptable ou un avocat fiscaliste est indispensable pour structurer correctement l’opération sur ce point.
L’exonération pour départ à la retraite (article 151 septies A du CGI)
C’est le régime le plus favorable pour un commerçant qui cède à l’occasion de son départ à la retraite. L’article 151 septies A du CGI prévoit une exonération totale de l’impôt sur le revenu sur la plus-value de cession, sous cinq conditions cumulatives :
- L’activité doit être de nature commerciale, artisanale, industrielle, libérale ou agricole et exercée depuis au moins cinq ans
- Le cédant doit cesser toute fonction dans l’entreprise cédée
- Le cédant doit faire valoir ses droits à la retraite dans les deux ans suivant ou précédant la cession
- L’entreprise cédée doit répondre à la définition communautaire de la PME (moins de 250 salariés, chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros)
- Le cédant ne doit pas détenir plus de 50 % de l’entreprise cessionnaire
Cette exonération est réservée à l’impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux au taux de 17,2 % restent dus sur la plus-value. Elle s’applique à la vente viagère d’un fonds de commerce au même titre qu’à une cession classique, dès lors que la cession est réalisée à titre onéreux et que les conditions sont remplies. Pour plus de précisions sur les conditions d’éligibilité, le service public entreprendre détaille le dispositif.
L’exonération selon le prix de cession (article 238 quindecies du CGI)
L’article 238 quindecies du CGI prévoit un deuxième régime d’exonération, basé cette fois sur la valeur des éléments cédés. L’exonération est totale si cette valeur est inférieure à 500 000 €, et partielle de façon dégressive entre 500 000 et 1 000 000 €. Au-delà, les plus-values sont imposées dans les conditions de droit commun.
Ce régime peut se cumuler avec l’exonération pour départ à la retraite dans certaines configurations, ce qui peut conduire à une quasi-exonération complète pour les cessions portant sur des fonds de valeur modeste. Un expert-comptable peut modéliser les deux régimes pour identifier la combinaison la plus avantageuse dans chaque situation.
La rente viagère perçue : même fiscalité qu’une rente immobilière
Une fois la cession réalisée, la rente mensuelle perçue est imposée dans la catégorie des rentes viagères à titre onéreux, avec les abattements prévus à l’article 158, 6° du CGI.
L’âge au premier versement détermine la fraction imposable, fixée définitivement pour toute la durée de la rente : 70 % d’abattement au-delà de 70 ans (seuls 30 % imposables), 60 % entre 60 et 69 ans, 50 % entre 50 et 59 ans.
Ces abattements s’appliquent indifféremment que la rente provienne de la vente d’un appartement ou d’un fonds de commerce. C’est un avantage significatif par rapport à d’autres formes de revenus complémentaires.
Les garanties à prévoir dans l’acte d’un viager de fonds de commerce pour protéger la rente du vendeur

Parce que le risque de défaillance de l’acheteur est structurellement plus présent dans un viager professionnel que dans un viager immobilier, les garanties contractuelles méritent une attention particulièrement soignée.
La clause résolutoire : récupérer le fonds en cas de non-paiement
L’article 1977 du Code civil prévoit que le vendeur dont la rente n’est pas servie peut demander la résiliation du contrat si les sûretés stipulées ne sont pas données. La clause résolutoire, inscrite dans l’acte de cession, rend cette résiliation automatique en cas de défaillance avérée, sans avoir à obtenir une décision judiciaire préalable.
Cette clause est particulièrement importante dans un viager professionnel car elle constitue le recours principal du vendeur en cas de non-paiement. Sa mise en œuvre est cependant plus complexe que dans le viager immobilier : « récupérer » un fonds de commerce après une période de gestion par un tiers suppose que le fonds existe encore et soit en état d’être exploité.
Si le repreneur a accumulé des dettes auprès de fournisseurs, que la clientèle est partie et que le bail a été résilié, la résolution du contrat ne rapporte plus grand-chose au vendeur. C’est une réalité qui renforce l’importance du choix du repreneur et des garanties bancaires complémentaires.
Le nantissement du fonds de commerce au profit du vendeur
À défaut de pouvoir inscrire une hypothèque (réservée à l’immobilier), le vendeur peut demander l’inscription d’un nantissement sur le fonds de commerce à son profit, conformément à la loi du 17 mars 1909 codifiée au Code de commerce.
Ce nantissement lui confère un droit de préférence sur le produit de la vente du fonds en cas de défaillance de l’acheteur : avant les créanciers chirographaires, le vendeur nanti est remboursé en priorité. Il doit être inscrit au registre du commerce et des sociétés pour être opposable aux tiers.
Le nantissement est l’équivalent fonctionnel du privilège du vendeur dans un viager immobilier, avec des limites cependant : un fonds de commerce dont la valeur s’est dégradée suite à une mauvaise gestion ne sera vendu aux enchères qu’à une fraction de sa valeur initiale, ce qui peut ne pas couvrir l’intégralité des créances du vendeur.
La caution personnelle ou bancaire de l’acheteur
Pour les cessions de valeur significative, ou lorsque le profil financier du repreneur ne rassure pas totalement, le vendeur peut demander une caution personnelle d’un tiers solvable ou une garantie bancaire.
Ces garanties complémentaires ne sont pas spécifiques au viager mais prennent une importance particulière dans ce contexte où la rente doit être honorée pendant potentiellement quinze à vingt-cinq ans. Elles doivent être expressément prévues dans l’acte et leur périmètre précisément défini pour être opposables.
Viager professionnel vs vente classique : comparaison honnête
| Critère | Vente classique du fonds | Viager professionnel |
|---|---|---|
| Capital immédiat | Élevé (totalité du prix à la signature) | Modéré (bouquet uniquement) |
| Revenus à long terme | Aucun (capital à placer et gérer) | Rente mensuelle à vie garantie |
| Risque d’épuisement du capital | Réel si longévité importante | Nul (rente jusqu’au décès) |
| Risque de non-paiement | Nul (paiement unique à la signature) | Réel (lié à la pérennité du repreneur) |
| Exonération IR départ retraite | Applicable (art. 151 septies A) | Identique, même régime applicable |
| Vivier d’acheteurs potentiels | Acheteurs avec fonds propres suffisants | Élargi aux profils à apport limité |
| Complexité juridique | Maîtrisée, pratique courante | Plus complexe, pratique moins répandue |
Ce tableau illustre que le viager professionnel n’est pas supérieur à la vente classique : c’est une alternative à envisager dans des situations spécifiques.
Quand la vente classique est bloquée faute de repreneur solvable, quand le vendeur a un besoin structurel de revenus mensuels complémentaires à une pension de retraite insuffisante, ou quand un repreneur de confiance souhaite acquérir le fonds sans disposer des fonds propres nécessaires à une acquisition traditionnelle.
Ce n’est pas une solution universelle, et son montage nécessite un accompagnement professionnel rigoureux.
Les situations dans lesquelles le viager professionnel est déconseillé
Les articles qui traitent du viager professionnel sont souvent trop optimistes. Voici les situations dans lesquelles il vaut mieux s’en abstenir.
Quand les cinq ans d’activité ne sont pas encore atteints
Pour bénéficier de l’exonération de plus-value au départ à la retraite prévue par l’article 151 septies A du CGI, l’activité doit avoir été exercée depuis au moins cinq ans à la date de la cession.
Si ce seuil n’est pas atteint, la plus-value sera imposée sans ce régime favorable, ce qui peut représenter une charge fiscale substantielle.
Dans ce cas, attendre d’atteindre les cinq ans d’activité avant de céder est généralement la meilleure stratégie, à condition que la situation du fonds le permette.
Quand le repreneur est inconnu et sans garanties suffisantes
Si le repreneur est un inconnu sans historique vérifiable dans le secteur, sans garanties personnelles ou bancaires solides, et sans expérience de la gestion d’un commerce similaire, le viager professionnel expose le vendeur à un risque élevé de non-paiement à moyen terme.
Dans ce cas, la vente classique à un prix peut-être inférieur aux espérances est souvent préférable : une certitude financière modeste vaut mieux qu’une rente incertaine étalée sur vingt ans.
Quand le fonds est en difficulté ou sur un secteur en déclin structurel
Si le fonds perd de la clientèle depuis plusieurs années, si le secteur est sous pression structurelle, si la concurrence du commerce en ligne ou de grandes enseignes a durablement érodé les bases de l’activité, la pérennité future du fonds est incertaine.
Un repreneur qui acquiert un fonds déclinant en viager risque de ne pouvoir honorer sa rente que quelques années avant d’être contraint à la fermeture.
Dans ce cas, il vaut mieux envisager une cession classique à prix réduit, une transmission à titre gratuit, ou une liquidation organisée plutôt que de s’engager dans un viager dont les chances de succès sont limitées.
Ce qu’il faut retenir avant de vendre son commerce en viager
Vendre son commerce en viager est légal, possible, et peut être une bonne solution dans des situations précises. C’est une façon de trouver un repreneur quand la vente classique est bloquée, de générer des revenus mensuels à vie quand la pension de retraite sera insuffisante, et de faciliter une transmission interne à un collaborateur ou un membre de la famille qui n’a pas les fonds propres pour une acquisition classique.
Mais le viager professionnel comporte des risques spécifiques que le viager immobilier n’a pas. Le double aléa, la volatilité du fonds, et le risque de défaillance du repreneur imposent des garanties contractuelles renforcées et un choix du repreneur encore plus soigneux que dans une vente classique. La structuration juridique et fiscale de l’opération est plus complexe que celle d’un viager immobilier et nécessite impérativement l’accompagnement d’un expert-comptable, d’un avocat spécialisé en cession de fonds et d’un notaire.
Pour les commerçants qui sont également propriétaires de leurs murs commerciaux, le viager immobilier sur les murs peut constituer une alternative plus simple et plus sécurisée que le viager sur le fonds seul : la stabilité de la valeur immobilière et les garanties du régime immobilier offrent une protection que le viager professionnel ne peut pas toujours égaler.
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FAQ sur la vente d’un commerce en viager
Peut-on vendre n’importe quel type de commerce en viager ?
En théorie, tout fonds de commerce peut faire l’objet d’une vente viagère : restaurant, boulangerie, salon de coiffure, boutique de vêtements, garage, librairie, épicerie. En pratique, les commerces de bouche et de services à dominante locale sont les plus fréquemment concernés. Les professions réglementées comme les officines pharmaceutiques, les cabinets médicaux ou les études notariales obéissent à des règles spécifiques de cession qui peuvent compliquer ou interdire le recours au viager. Un accompagnement juridique spécialisé est indispensable pour ces professions.
Que se passe-t-il si l’acheteur fait faillite et ne peut plus payer la rente ?
C’est le risque central du viager professionnel. Si l’acheteur cesse de payer, le vendeur peut activer la clause résolutoire pour récupérer le fonds si elle a été prévue dans l’acte, ou exercer son nantissement pour faire saisir et vendre le fonds. Dans les deux cas, la valeur récupérée dépend de l’état dans lequel se trouve le fonds après la période de gestion par le repreneur défaillant. Si le commerce a été mal géré et a perdu l’essentiel de sa clientèle, la récupération peut être décevante. C’est pourquoi les garanties en amont et le choix du repreneur sont déterminants.
La rente viagère d’un fonds de commerce est-elle imposée comme une rente immobilière ?
Oui. Les mêmes règles d’imposition et les mêmes abattements s’appliquent. La rente viagère à titre onéreux bénéficie des abattements prévus à l’article 158, 6° du CGI selon l’âge au premier versement. Au-delà de 70 ans, seuls 30 % de la rente sont soumis à l’impôt sur le revenu. La nature du bien vendu (fonds de commerce ou appartement) est sans incidence sur ce régime.
Vaut-il mieux vendre le fonds en viager ou les murs commerciaux en viager ?
Le viager sur les murs commerciaux est généralement plus sécurisé. L’immobilier conserve une valeur propre indépendante de la qualité de gestion du repreneur, et le vendeur bénéficie des garanties du régime immobilier (privilège du vendeur, hypothèque légale). Le viager sur le fonds seul comporte davantage de risques liés à la pérennité de l’activité. Si le commerçant est propriétaire des deux, une stratégie mixte est souvent la meilleure approche : viager immobilier sur les murs pour la sécurité et la stabilité, cession ou location-gérance du fonds selon la situation du repreneur.
