Chaque année, des milliers de propriétaires paient l’IFI sur un bien qu’ils habitent, sans en tirer le moindre revenu.

Si votre patrimoine est principalement immobilier et que vous dépassez le seuil de 1,3 million d’euros, vendre en viager ou céder la nue-propriété de votre logement peut significativement alléger cette facture, voire vous en faire sortir complètement.

Mais toutes les formules ne produisent pas le même effet fiscal, et un piège méconnu du Code général des impôts peut réduire l’avantage à néant si vous vendez à un membre de votre famille.

L’IFI en bref : pourquoi votre logement pose problème

ifi immobilier

L’Impôt sur la Fortune Immobilière frappe les patrimoines immobiliers nets supérieurs à 1,3 million d’euros au 1er janvier de chaque année. Son barème est progressif : il s’applique à partir de 800 000 euros d’actifs nets, avec des taux qui montent de 0,5 % jusqu’à 1,5 % pour les patrimoines de plus de 10 millions d’euros.

Ce qui le rend particulièrement contraignant pour les propriétaires de leur logement, c’est sa logique de base : seuls les biens immobiliers entrent dans l’assiette.

Vos placements financiers, vos actions, votre assurance-vie ne comptent pas.

Un euro investi en bourse n’est pas imposable à l’IFI. Un euro placé dans la pierre, lui, l’est intégralement.

Qui est concerné et comment se calcule l’IFI

Le calcul s’opère sur la valeur nette de votre patrimoine immobilier, c’est-à-dire après déduction des dettes qui s’y rattachent (emprunts en cours, taxe foncière due…). Si ce montant net dépasse 1,3 million d’euros au 1er janvier, vous devenez redevable de l’IFI pour l’année entière.

Le barème applicable est le suivant :

  • Entre 800 000 € et 1 300 000 € : 0,5 %
  • Entre 1 300 000 € et 2 570 000 € : 0,7 %
  • Entre 2 570 000 € et 5 000 000 € : 1 %
  • Entre 5 000 000 € et 10 000 000 € : 1,25 %
  • Au-delà de 10 000 000 € : 1,5 %

Pour en savoir plus sur le cadre légal de cet impôt, vous pouvez consulter le texte officiel de l’IFI sur Légifrance.

Pourquoi posséder son logement en pleine propriété coûte cher à l’IFI

Prenons un exemple concret.

Vous êtes propriétaire d’une résidence principale estimée à 1 500 000 euros, sans emprunt en cours.

Après l’abattement légal de 30 % réservé à la résidence principale, la valeur retenue pour l’IFI est de 1 050 000 euros. Ce montant seul ne vous rend pas redevable (il reste sous le seuil de 1,3 million).

Mais si vous détenez d’autres biens immobiliers en parallèle, un appartement locatif, une résidence secondaire, des parts de SCPI, le total peut vite franchir le seuil.

Une fois assujetti, l’impôt devient une charge récurrente, payée chaque année sur un actif dont vous ne tirez souvent aucun revenu direct si vous l’habitez. C’est précisément cette asymétrie qui pousse de nombreux propriétaires à envisager des alternatives.

Le principe commun à toutes les formules : sortir le bien (en tout ou partie) de votre patrimoine taxable

ifi immobilier

Viager occupé, viager libre, vente en nue-propriété : ces trois formules fonctionnent sur un même principe fondamental. En cédant tout ou partie de votre bien, vous réduisez la valeur immobilière déclarée à l’IFI. Ce qui sort de votre patrimoine immobilier ne peut plus être taxé à ce titre.

La différence entre les formules tient à deux questions simples : qu’est-ce que vous cédez exactement, et qu’est-ce que vous conservez ? C’est la réponse à ces deux questions qui détermine l’ampleur de la réduction fiscale.

Dans les formules avec démembrement de propriété (viager occupé et vente en nue-propriété), vous conservez un droit sur le bien. Ce droit conservé reste dans votre patrimoine taxable, mais sa valeur fiscale est bien inférieure à celle du bien en pleine propriété. Et plus vous êtes âgé, plus cette valeur est faible.

Le barème de l’article 669 du CGI : la valeur du droit diminue avec l’âge

Dès qu’une vente implique un démembrement de propriété (usufruit d’un côté, nue-propriété de l’autre), l’administration fiscale utilise un barème officiel pour répartir la valeur entre les deux parties. Ce barème est fixé par l’article 669 du Code général des impôts.

Le principe est simple : plus l’usufruitier est âgé, moins son droit a de valeur fiscale, et plus la nue-propriété pèse lourd. Concrètement, cela signifie que vendre à 80 ans produit une réduction d’IFI bien plus importante que vendre à 65 ans.

Age du vendeurValeur de l’usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Ce tableau s’applique directement à votre déclaration IFI : si vous conservez l’usufruit de votre bien, vous ne déclarez que la fraction correspondant à votre tranche d’âge, et non la pleine propriété.

Usufruit ou droit d’usage et d’habitation (DUH) : une différence fiscale à ne pas négliger

Dans le cadre d’un viager occupé, vous avez le choix entre deux formes de droit conservé : l’usufruit ou le droit d’usage et d’habitation (DUH). La distinction est importante fiscalement.

L’usufruit vous permet d’occuper le bien ou de le louer. Le DUH, plus restrictif, vous autorise uniquement à l’occuper vous-même. En contrepartie de cette restriction, le DUH bénéficie d’un abattement supplémentaire de 40 % par rapport à la valeur de l’usufruit.

Ce que cela donne en pratique : pour un vendeur de 82 ans avec un bien estimé à 1 000 000 euros :

  • Valeur de l’usufruit selon le barème : 20 % x 1 000 000 € = 200 000 € dans l’assiette IFI
  • Valeur du DUH : 60 % x 200 000 € = 120 000 € dans l’assiette IFI

Avec le DUH, 88 % de la valeur du bien sort de l’IFI. Avec l’usufruit, 80 %. La différence est réelle, même si dans les deux cas la réduction est spectaculaire. Cette option DUH n’est disponible que dans le cadre d’un viager occupé, pas dans une vente classique en nue-propriété.

Viager occupé, viager libre, vente en nue-propriété : ce que chaque formule change pour votre IFI

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Il n’existe pas une seule façon de réduire son IFI par la vente. Les trois principales formules produisent des effets fiscaux différents, et le choix entre elles dépend autant de votre situation personnelle que de votre objectif patrimonial. Voici comment chacune fonctionne du point de vue du vendeur.

Viager occupé : vous réduisez fortement l’IFI tout en restant chez vous

Dans un viager occupé, vous cédez la nue-propriété de votre bien à l’acheteur, mais vous conservez le droit d’y vivre jusqu’à votre décès, sous forme d’usufruit ou de DUH. En échange, vous percevez un bouquet (somme versée au comptant à la signature) et une rente mensuelle versée jusqu’à votre décès.

Sur le plan de l’IFI, seule la valeur du droit que vous conservez reste dans votre patrimoine taxable. La nue-propriété appartient à l’acheteur et sort de votre assiette. Si le bien est votre résidence principale, l’abattement légal de 30 % s’applique en plus sur la valeur du droit conservé.

C’est la formule la plus répandue pour une raison simple : elle permet de rester chez soi tout en allégeant significativement l’IFI. La contrepartie est que le bien n’est pas totalement sorti de votre patrimoine taxable, contrairement au viager libre.

Viager libre : sortie totale du bien de votre IFI

Dans un viager libre, vous cédez la pleine propriété de votre bien. Vous libérez le logement dès la signature et l’acheteur peut en disposer immédiatement. En contrepartie, vous percevez un bouquet et une rente, comme dans le viager occupé.

L’effet IFI est radical : le bien disparaît entièrement de votre assiette taxable dès la première déclaration suivant la vente. Ni la rente, ni le bouquet ne sont des biens immobiliers au sens de l’IFI, donc ils ne viennent pas remplacer le bien dans votre patrimoine taxable.

Cette formule est particulièrement adaptée aux propriétaires bailleurs qui détiennent un bien locatif, ou à ceux qui n’habitent plus le logement concerné et souhaitent une sortie fiscale totale.

Vente en nue-propriété : même logique fiscale que le viager occupé, sans la rente

La vente en nue-propriété est souvent moins connue que le viager, mais elle produit un effet fiscal très proche du viager occupé sur l’IFI. Le principe : vous cédez la nue-propriété de votre bien à un acheteur et conservez l’usufruit jusqu’à votre décès. Vous continuez à occuper le bien, ou à le louer selon les termes du contrat.

La différence fondamentale avec le viager occupé est financière, pas fiscale : au lieu de percevoir une rente viagère sur la durée de votre vie, vous encaissez un prix de vente fixe, versé comptant ou en plusieurs fois selon ce qui est convenu dans l’acte. Il n’y a pas d’aléa sur la durée.

Sur le plan de l’IFI, la mécanique est identique : seule la valeur de l’usufruit que vous conservez reste dans votre patrimoine taxable, calculée selon le même barème de l’article 669 du CGI. L’abattement de 30 % pour résidence principale s’applique de la même façon. Le prix encaissé, lui, sort de l’assiette IFI puisqu’il n’est pas un bien immobilier.

Une nuance à connaître : la vente en nue-propriété ne permet pas d’utiliser le DUH. Vous conservez un usufruit « classique », et non un simple droit d’usage et d’habitation. La réduction IFI est donc légèrement moins optimale qu’avec un viager occupé en DUH, mais elle reste très significative.

Tableau comparatif : ce que chaque formule change pour votre IFI en tant que vendeur

CritèreViager occupéViager libreVente en nue-propriété
Ce qui reste dans votre IFIValeur de l’usufruit ou du DUH (barème art. 669 CGI)Rien (sortie totale)Valeur de l’usufruit conservé (barème art. 669 CGI)
Capital ou rente perçusBouquet + rente viagère : non taxables à l’IFIBouquet + rente viagère : non taxables à l’IFIPrix de vente comptant : non taxable à l’IFI
Abattement résidence principale possibleOui (30 % sur le droit conservé)Non applicableOui (30 % sur l’usufruit conservé)
Vous pouvez rester dans le bienOuiNonOui (jusqu’à votre décès)
Revenu régulier perçuOui (rente viagère)Oui (rente viagère)Non (paiement unique)
DUH possible (abattement 40 % sur l’usufruit)OuiNon applicableNon
Réduction IFI estimée (vendeur de 80 ans)70 à 88 % selon usufruit ou DUH100 %70 % (usufruit seul)
Piège art. 751 CGI si acheteur héritierOuiNon applicableOui

Exemple chiffré : ce que ça donne sur votre déclaration IFI

Pour rendre ces mécanismes concrets, prenons un cas réel. Monsieur M., 78 ans, détient deux biens immobiliers :

  • Sa résidence principale, estimée à 800 000 euros
  • Un appartement locatif, estimé à 600 000 euros

Son patrimoine immobilier brut total est de 1 400 000 euros.

Après l’abattement de 30 % sur la résidence principale (soit 240 000 euros d’abattement), son assiette IFI s’établit à 1 160 000 euros. Ce montant dépasse le seuil de 1 300 000 euros ? Non, pas tout à fait ici.

Supposons donc qu’il possède également des parts de SCPI pour 200 000 euros supplémentaires, portant l’assiette à 1 360 000 euros. Il est redevable de l’IFI.

Son impôt annuel est d’environ 4 000 euros (calcul indicatif selon le barème progressif). Voici ce qui change selon la formule choisie pour sa résidence principale :

Scénario 1 : Viager occupé avec DUH

A 78 ans, la valeur de l’usufruit selon le barème est de 30 % de la valeur du bien.

Le DUH représente 60 % de cette valeur d’usufruit, soit 18 % de la valeur totale du bien.

Sur un bien estimé à 800 000 euros, le DUH retenu pour l’IFI est de 144 000 euros (au lieu de 560 000 euros après abattement résidence principale en pleine propriété).

La réduction de l’assiette IFI liée à ce seul bien est d’environ 416 000 euros. Monsieur M. peut dans ce cas passer sous le seuil de redevabilité.

Scénario 2 : Vente en nue-propriété

Même âge, même bien. L’usufruit conservé représente 30 % de la valeur du bien, soit 240 000 euros.

Après abattement de 30 % résidence principale sur cet usufruit, la base retenue pour l’IFI est d’environ 168 000 euros.

La réduction est significative, légèrement moins optimale qu’avec le DUH, mais l’effet sur l’assiette reste très important.

Scénario 3 : Viager libre

La résidence principale sort entièrement de l’assiette IFI. Reste uniquement l’appartement locatif (600 000 euros) et les SCPI (200 000 euros), soit 800 000 euros. Monsieur M. passe sous le seuil de 1 300 000 euros et n’est plus du tout redevable de l’IFI.

Cette option suppose néanmoins qu’il ait quitté son logement.

Le piège à connaître absolument : l’article 751 du CGI et la vente à un héritier

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C’est sans doute le point le plus ignoré des propriétaires qui réfléchissent à une vente en viager ou en nue-propriété dans un cadre familial. Et pourtant, il peut réduire à néant l’avantage IFI attendu.

Quand votre acheteur est aussi votre héritier, l’avantage IFI disparaît

L’article 751 du CGI prévoit une présomption fiscale : lorsqu’un bien est cédé avec réserve d’usufruit au profit d’un héritier présomptif du vendeur, l’administration fiscale considère que le bien n’a pas vraiment quitté le patrimoine de ce dernier.

Conséquence concrète : le vendeur reste imposé à l’IFI sur la valeur en pleine propriété du bien, comme s’il ne l’avait pas vendu. L’acheteur, lui, n’est soumis à aucune taxation. L’opération ne produit aucun effet fiscal favorable pour le vendeur.

Cette règle s’applique aussi bien au viager occupé (avec réserve d’usufruit ou de DUH) qu’à la vente en nue-propriété classique. Elle ne concerne pas le viager libre, puisqu’il n’y a pas de démembrement dans ce cas.

Quelles personnes sont visées par cette règle ?

Sont considérés comme héritiers présomptifs au sens de l’article 751 du CGI :

  • Les descendants directs (enfants, petits-enfants)
  • Les donataires et légataires
  • Les personnes interposées : le père, la mère ou l’époux des parties, ainsi que les descendants du donataire

Si votre projet est de vendre à votre fils, votre fille ou plus largement à un membre de votre famille susceptible d’hériter de vous, consultez impérativement un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine avant de signer. L’économie d’IFI espérée pourrait ne pas se matérialiser.

Et la rente que vous percevez : est-elle soumise à d’autres impôts ?

C’est une question légitime. Vous réduisez votre IFI d’un côté : mais la rente que vous allez percevoir chaque mois est-elle imposée à la place ? Partiellement, oui, mais dans des conditions souvent très favorables, surtout si vous vendez après 70 ans.

Cette section s’applique uniquement aux viagers (occupé ou libre). Dans le cadre d’une vente en nue-propriété, il n’y a pas de rente : vous percevez un prix fixe, dont la fiscalité relève des plus-values immobilières (souvent exonérées si le bien est votre résidence principale).

La fraction imposable de la rente selon votre âge au premier versement

La rente viagère est un revenu imposable à l’impôt sur le revenu, selon le barème progressif. Mais elle n’est pas imposée en totalité. L’administration applique un abattement forfaitaire dont le taux dépend de votre âge au moment du premier versement. Ce taux est fixé une bonne fois pour toutes à cette date : il ne changera pas au fil des ans, même si vous vieillissez.

  • Moins de 50 ans : 70 % de la rente est imposable
  • Entre 50 et 59 ans : 50 % de la rente est imposable
  • Entre 60 et 69 ans : 40 % de la rente est imposable
  • 70 ans et plus : seulement 30 % de la rente est imposable

Pour un vendeur de 75 ans avec une rente mensuelle de 1 500 euros, seuls 450 euros par mois entrent dans la base imposable à l’IR. C’est un avantage fiscal considérable par rapport à des revenus locatifs classiques, qui seraient imposés sur la quasi-totalité de leur montant. Pour approfondir comment la rente est calculée, vous pouvez consulter notre guide sur le calcul du bouquet et de la rente en viager.

Le bouquet n’est pas un revenu imposable

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Le bouquet, c’est-à-dire la somme versée comptant à la signature de l’acte, n’est pas considéré comme un revenu imposable. Il relève du régime des plus-values immobilières. Et dans la très grande majorité des cas, il est totalement exonéré.

Si le bien vendu est votre résidence principale, la plus-value est exonérée d’impôt et de prélèvements sociaux, quel que soit le montant. Le bouquet, qu’il s’agisse de 50 000 ou de 300 000 euros, ne génère donc aucune imposition supplémentaire. La même logique s’applique au prix de vente encaissé dans le cadre d’une vente en nue-propriété portant sur votre résidence principale.

Pour un bien locatif ou une résidence secondaire, les règles de plus-value classiques s’appliquent, avec des abattements progressifs selon la durée de détention. Si vous souhaitez comprendre comment le bouquet s’intègre dans la structure financière globale d’une vente en viager, notre guide sur le calcul du bouquet détaille ces mécanismes.

Viager, nue-propriété et IFI : est-ce vraiment la meilleure stratégie pour vous ?

Ces formules produisent des effets fiscaux réels et documentés. Mais elles ne sont pas universellement adaptées à toutes les situations. Avant de décider, il vaut la peine de se poser quelques questions honnêtes.

Quel profil de vendeur tire le plus d’avantages fiscaux de ces formules ?

Ces trois formules sont particulièrement efficaces pour :

  • Les vendeurs de 75 ans et plus, pour qui le barème de l’article 669 est très favorable (la valeur de l’usufruit ne représente plus que 20 à 30 % du bien)
  • Les propriétaires dont l’immobilier représente la quasi-totalité du patrimoine IFI, et pour qui une réduction partielle suffit à passer sous le seuil de 1,3 million d’euros
  • Les vendeurs sans héritiers directs, ou qui ne souhaitent pas transmettre leur bien à leur famille, car la vente à un tiers tiers évite le piège de l’article 751 CGI
  • Les propriétaires bailleurs qui souhaitent se décharger des contraintes de gestion locative tout en optimisant leur fiscalité

Ces formules sont en revanche moins pertinentes si votre patrimoine financier (actions, obligations, assurance-vie) est déjà important et que votre IFI immobilier représente une part minoritaire de votre patrimoine global. Dans ce cas, d’autres leviers d’optimisation peuvent être plus adaptés.

Comparaison rapide : viager et nue-propriété vs donation avec réserve d’usufruit

La donation avec réserve d’usufruit est une troisième voie parfois évoquée pour réduire l’IFI.

Vous conservez l’usufruit et donc la jouissance du bien, tandis que vos enfants reçoivent la nue-propriété. L’effet sur l’IFI est similaire : vous ne déclarez que la valeur de l’usufruit, calculée selon le même barème.

Mais les différences sont importantes :

  • Viager / nue-propriété : vous encaissez un capital ou une rente, vous avez des liquidités. La vente est faite à un tiers sans lien familial, ce qui évite le piège de l’article 751 CGI.
  • Donation : vous ne percevez rien. Vous donnez la nue-propriété à vos enfants sans contrepartie financière. L’avantage est successoral (les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété, donc réduits), mais vous ne dégagez pas de liquidités.

Si votre objectif est à la fois de réduire l’IFI et d’obtenir un revenu complémentaire, le viager l’emporte.

Si votre objectif est principalement d’alléger la succession future tout en gardant la jouissance du bien, la donation avec réserve d’usufruit peut être envisagée. Les deux stratégies peuvent aussi se combiner selon la composition de votre patrimoine.

Pour en savoir plus sur les enjeux successoraux du viager, notre guide sur la transmission et la succession en viager vous donnera des éléments complémentaires.

Ce qu’il faut retenir avant de prendre votre décision

Vendre en viager ou en nue-propriété quand on est assujetti à l’IFI peut représenter une économie annuelle substantielle, voire une sortie totale du dispositif. Voici les points essentiels à garder en tête :

  • Le viager occupé réduit fortement l’IFI tout en vous permettant de rester chez vous. La base taxable retenue est la valeur de l’usufruit ou du DUH, calculée selon l’article 669 du CGI en fonction de votre âge. Plus vous êtes âgé, plus la réduction est importante.
  • Le viager libre supprime totalement le bien de votre assiette IFI, mais suppose de quitter le logement. C’est la formule la plus radicale fiscalement.
  • La vente en nue-propriété produit un effet IFI quasi identique au viager occupé, avec un prix de vente fixe à la place d’une rente viagère. C’est une alternative à envisager si vous préférez la sécurité d’un capital certain à l’aléa d’une rente.
  • La rente viagère n’est pas taxée à l’IFI, et n’est imposée à l’IR que sur une fraction réduite de son montant, surtout au-delà de 70 ans.
  • Le piège de l’article 751 CGI annule l’avantage IFI si vous vendez à un enfant, un petit-enfant ou tout autre héritier présomptif. Vérifiez ce point avant de signer.
  • La comparaison avec la donation mérite d’être faite avec un professionnel : les deux mécanismes réduisent l’IFI via le démembrement, mais leurs effets financiers et successoraux sont très différents.

Chaque situation est unique. L’âge du vendeur, la composition du patrimoine, les objectifs familiaux et la présence ou non d’héritiers influencent fortement le choix optimal. Avant de vous engager, une simulation personnalisée réalisée avec un notaire ou un spécialiste du viager vous permettra de mesurer précisément l’impact sur votre déclaration IFI et de choisir la formule la mieux adaptée à votre profil.

FAQ : Viager, nue-propriété et IFI pour le vendeur

Vendre en viager me fait-il vraiment sortir de l’IFI ?

Cela dépend du type de vente et de votre âge. En viager libre, le bien sort totalement de votre assiette IFI : si ce bien représentait votre principal actif immobilier, vous pouvez effectivement ne plus être redevable. En viager occupé ou en nue-propriété, la réduction est forte mais partielle. Par exemple, un vendeur de 80 ans qui opte pour un viager occupé avec DUH ne déclare plus que 12 % de la valeur de son bien à l’IFI, au lieu de 70 % (valeur après abattement résidence principale). L’effet est considérable, même si une fraction résiduelle reste taxable.

La rente que je vais percevoir sera-t-elle imposée à l’IFI ?

Non. La rente viagère est un revenu, pas un bien immobilier. Elle n’entre pas dans l’assiette de l’IFI. Elle est en revanche soumise à l’impôt sur le revenu, mais seulement sur une fraction de son montant selon votre âge au premier versement (30 % si vous avez plus de 70 ans au moment de la vente). Le bouquet et le prix de vente en nue-propriété, eux, ne sont ni IFI ni IR : ils relèvent des plus-values immobilières, souvent exonérées lorsqu’il s’agit de votre résidence principale.

Si je vends à mon fils, est-ce que je bénéficie quand même de la réduction d’IFI ?

Non, et c’est un point critique à ne pas négliger. L’article 751 du CGI prévoit que si vous vendez avec réserve d’usufruit à l’un de vos héritiers présomptifs (enfant, petit-enfant, donataire…), vous restez imposé à l’IFI sur la valeur en pleine propriété du bien, comme si la vente n’avait pas eu lieu. Cette règle s’applique au viager occupé comme à la vente en nue-propriété. Si vous envisagez de vendre à un membre de votre famille, consultez un notaire avant toute décision.

Quelle est la différence entre vendre en viager occupé et vendre la nue-propriété de mon bien ?

Sur le plan de l’IFI, les deux formules sont très proches : dans les deux cas, vous conservez l’usufruit et ne déclarez que sa valeur selon le barème de l’article 669 du CGI. La différence est principalement financière. Le viager occupé vous verse une rente viagère chaque mois jusqu’à votre décès (avec un aléa sur la durée), tandis que la vente en nue-propriété vous donne un prix fixe versé comptant. Le viager occupé offre en outre la possibilité de choisir le DUH, qui réduit encore davantage la base IFI. Pour approfondir cette comparaison, vous pouvez lire notre guide dédié à viager ou nue-propriété : comment choisir.

A quel âge le viager est-il le plus intéressant fiscalement pour l’IFI ?

Plus vous êtes âgé au moment de la vente, plus l’avantage IFI est important. Au-delà de 80 ans, la valeur de l’usufruit ne représente plus que 20 % de la valeur du bien selon le barème légal. Avec le DUH, ce chiffre descend à 12 %. Pour un bien estimé à 1 million d’euros, la base IFI passe donc de 700 000 euros (après abattement résidence principale en pleine propriété) à 84 000 euros en viager occupé DUH. L’économie annuelle peut dépasser plusieurs milliers d’euros selon votre tranche d’imposition.

Le viager occupé est-il compatible avec la décote de 30 % sur la résidence principale ?

Oui, les deux avantages se cumulent. Si le bien vendu en viager occupé (ou cédé en nue-propriété) est votre résidence principale, l’abattement légal de 30 % s’applique sur la valeur du droit que vous conservez (usufruit ou DUH). La réduction IFI est donc doublement amplifiée : par le barème lié à votre âge d’un côté, et par l’abattement résidence principale de l’autre.