Un seul décès peut suffire à fragiliser durablement le conjoint qui reste. Chute des revenus, incertitude sur le logement, pension de réversion partielle ou difficile à obtenir : les conséquences financières d’un veuvage sont souvent sous-estimées.
Le viager sur deux têtes existe précisément pour y répondre, en garantissant au survivant la continuité de sa rente et de son droit d’occupation jusqu’à la fin de sa vie.
Voici comment il fonctionne, ce qu’il protège vraiment et à quelles conditions il devient la bonne solution pour votre couple.
Ce que signifie vraiment « vendre en viager sur deux têtes »
Le viager repose sur un principe simple : un couple cède la propriété de son bien immobilier à un acheteur, qui verse en retour un capital initial appelé bouquet, puis une rente mensuelle à vie.
Ce que beaucoup de couples ignorent, c’est que la façon dont ce contrat est structuré change radicalement ce que vivra le survivant le jour du premier décès.
Le viager classique : un seul vendeur, un risque pour le couple
Dans un viager dit « une tête », un seul vendeur est désigné comme crédirentier. La rente lui est versée jusqu’à son décès, et uniquement jusqu’à son décès. Le jour où il disparaît, les versements s’arrêtent, le contrat prend fin, et l’acheteur devient plein propriétaire du bien.
Pour un couple, ce scénario peut devenir un piège.
Imaginons Bernard, 74 ans, désigné seul crédirentier sur leur appartement. Il perçoit 900 € par mois de rente. Si Bernard décède en premier, sa femme Lucette se retrouve du jour au lendemain sans cette rente, et sans droit sur le logement qu’elle occupait. Le contrat ne la concernait pas. Elle n’a aucun recours contractuel contre l’acheteur. C’est exactement ce que le viager sur deux têtes est conçu à éviter.
Le viager deux têtes : le contrat court jusqu’au dernier survivant

Dans un viager sur deux têtes, les deux membres du couple sont co-crédirentiers. Le contrat porte sur deux vies, pas une seule. La rente est versée tant que l’un des deux est en vie, et l’acheteur n’accède à la pleine propriété qu’au décès du second vendeur.
Ce mécanisme est encadré par le Code civil, aux articles 1968 à 1983, qui régissent les rentes viagères et leur caractère aléatoire. Le contrat viager est juridiquement valide à condition que l’aléa soit réel, c’est-à-dire que la durée de versement de la rente soit imprévisible au moment de la signature.
Le viager à 2 têtes n’est pas la même chose que vendre sur la tête du plus jeune
Une idée reçue très répandue consiste à croire qu’il suffit de désigner le plus jeune des deux conjoints comme crédirentier unique pour obtenir une protection équivalente. C’est faux, et cette confusion peut coûter très cher.
Être le plus jeune du couple ne garantit pas de survivre en dernier. Les statistiques montrent que les femmes ont une espérance de vie plus longue que les hommes, mais il arrive fréquemment qu’un homme se retrouve veuf.
Si la rente est indexée sur la tête du plus jeune et que c’est précisément ce conjoint qui décède en premier, le survivant plus âgé se retrouve sans protection. Le viager deux têtes élimine cet aléa en protégeant le couple indépendamment de l’ordre des décès.
Ce qui change concrètement au premier décès lors d’un viager à 2 têtes
C’est la question qui préoccupe la plupart des couples qui envisagent ce type de vente : concrètement, que se passe-t-il le lendemain d’un décès ? La réponse dépend de la qualité de la rédaction de l’acte, mais dans un viager deux têtes correctement structuré, trois protections s’activent automatiquement.
La rente : elle continue, intégralement, sans formalité pour le conjoint survivant
Au décès du premier conjoint, la rente continue d’être versée au survivant. Pas à hauteur de 50 %, pas à hauteur de 60 % : intégralement, au même montant qu’avant, sans aucune démarche administrative à effectuer auprès de l’acheteur.
Ce mécanisme repose sur la clause de réversion à 100 %, qui doit être expressément inscrite dans l’acte notarié. C’est l’une des raisons pour lesquelles le recours à un expert viager avant la signature est indispensable : cette clause n’est pas automatique, et un acte mal rédigé peut prévoir une rente réduite au premier décès.
Le logement : le conjoint survivant conserve le droit d’usage et d’habitation à vie
En viager occupé sur deux têtes, les deux vendeurs conservent un droit d’usage et d’habitation (DUH) jusqu’au décès du dernier survivant. Ce droit est indivisible : au premier décès, il ne se réduit pas de moitié. Le conjoint survivant continue d’occuper l’intégralité du logement, dans les mêmes conditions qu’avant.
L’acheteur ne peut ni expulser le survivant, ni exiger qu’il libère une partie du bien. Le DUH s’éteint uniquement au décès du survivant, ou si celui-ci décide volontairement d’y renoncer. Si ce dernier doit un jour intégrer une maison de retraite, il peut renoncer au DUH et mettre le bien en location. Les loyers perçus doivent alors servir à financer ce nouvel hébergement, conformément à la jurisprudence constante en la matière.
Les revenus du foyer : pourquoi le viager compense mieux que la pension de réversion
La pension de réversion est souvent présentée comme le filet de sécurité naturel du conjoint survivant. Dans les faits, elle est rarement suffisante.
Elle correspond en général à 54 % de la pension de retraite du défunt pour le régime général, elle est soumise à conditions de ressources, et elle peut être suspendue ou réduite en cas de remariage ou de revenu dépassant un plafond. En cas de seconde union du défunt, elle peut même être partagée avec un ex-conjoint.
La rente viagère, elle, est garantie contractuellement.
Elle ne dépend ni des ressources du survivant, ni de son statut marital. Pour mesurer l’enjeu : en 2020, la retraite moyenne brute était de 1 931 € par mois pour les hommes et de 1 154 € pour les femmes. Au décès du conjoint qui percevait les revenus les plus élevés, la chute du niveau de vie peut être brutale.
Une rente viagère de 700 ou 800 € mensuels peut dans ce contexte faire une différence décisive.
Calcul de la rente sur 2 têtes : pourquoi elle est un peu plus faible qu’en viager une tête

Avant de signer, la plupart des couples posent la même question : si le viager deux têtes protège mieux, pourquoi la rente proposée est-elle plus basse qu’en viager une tête ?
La réponse est logique une fois qu’on comprend comment fonctionne le calcul actuariel.
L’espérance de vie « combinée du dernier survivant » : la logique actuarielle
La rente viagère est calculée en fonction de la durée probable de versement. Plus cette durée est longue, plus la rente mensuelle est faible, toutes choses égales par ailleurs.
En viager une tête, la durée de versement est calée sur l’espérance de vie d’une seule personne. En viager deux têtes, elle est calée sur l’espérance de vie combinée du dernier survivant, c’est-à-dire la durée probable jusqu’au décès du second des deux vendeurs.
Cette espérance conjointe, calculée à partir des tables de mortalité HF de l’INSEE, est toujours supérieure à celle de chacun des deux individus pris séparément.
Mécaniquement, l’acheteur va verser la rente plus longtemps en moyenne, ce qui justifie un montant mensuel plus bas.
L’écart réel : 15 à 20 % de moins qu’en viager une tête
En pratique, cet écart se situe entre 15 et 20 % selon les âges des vendeurs et l’écart d’âge entre eux. Prenons un exemple concret : un couple dont l’un a 73 ans et l’autre 70 ans vend un appartement estimé à 385 000 €. En viager une tête, la rente pourrait s’établir autour de 550 € par mois. En viager deux têtes, elle serait de l’ordre de 490 € par mois. L’écart est d’environ 60 € mensuels.
Ces 60 € représentent le coût de la protection du conjoint survivant. Mis en regard de ce que perdrait un veuf ou une veuve sans cette protection (la totalité de la rente, soit 550 €), ils constituent une prime d’assurance particulièrement raisonnable. Pour aller plus loin sur la mécanique de calcul, notre guide sur le calcul du bouquet en viager détaille les paramètres qui entrent en jeu.
L’avantage fiscal du viager 2 têtes : l’abattement s’applique sur l’âge du plus âgé
Un point que beaucoup de vendeurs ignorent : en viager sur deux têtes, la fiscalité de la rente est déterminée en fonction de l’âge du vendeur le plus âgé au moment du premier versement. Or, plus le crédirentier est âgé, plus l’abattement fiscal est important.
Les rentes viagères à titre onéreux sont imposées selon le barème suivant, défini à l’article 158, 6° du Code général des impôts :
| Âge au premier versement de la rente | Fraction imposable |
|---|---|
| Moins de 50 ans | 70 % |
| 50 à 59 ans | 50 % |
| 60 à 69 ans | 40 % |
| 70 ans et plus | 30 % |
Si l’un des deux vendeurs a 72 ans et l’autre 65 ans, c’est l’abattement correspondant à 72 ans qui s’applique, soit 70 % de la rente exonérée d’impôt.
Ce taux est fixé définitivement au premier versement et ne change pas, même après le premier décès. Lorsqu’un écart d’âge important existe entre les conjoints, cet avantage peut représenter une économie fiscale substantielle sur la durée du contrat.
Régime matrimonial et statut du couple : ce que ça change pour le viager sur 2 têtes
Le viager sur deux têtes est accessible aux couples mariés, aux partenaires de PACS et aux concubins.
Mais les protections offertes au survivant varient considérablement selon le statut de l’union. Ce point est trop souvent négligé lors de la préparation du projet.
Les mariés : la protection la plus complète, mais un consentement obligatoire des deux
Le mariage offre le cadre le plus protecteur pour une vente en viager sur deux têtes. Au-delà de la protection contractuelle (rente + DUH), le conjoint marié survivant bénéficie d’un droit viager légal au logement prévu par l’article 764 du Code civil, à condition que le logement ait constitué la résidence principale du couple et que le bien ait été la propriété des deux époux ou du seul défunt. Ce droit légal vient doubler la protection contractuelle.
Un point important à connaître avant de se lancer : même si le bien vendu est la propriété exclusive d’un seul des époux (bien propre), son conjoint doit obligatoirement consentir à la vente lorsqu’il s’agit de la résidence principale. C’est l’article 215 du Code civil qui l’impose. La signature des deux époux est donc toujours requise sur l’acte notarié.
Les partenaires de PACS : des protections similaires côté fiscalité, mais des limites successorales
Depuis la loi TEPA de 2007, les partenaires pacsés bénéficient d’une exonération totale de droits de succession, exactement comme les couples mariés. Sur le plan fiscal, la vente en viager deux têtes ne présente donc pas de différence notable entre mariage et PACS.
En revanche, le PACS n’ouvre pas de droit viager légal au logement. Ce droit est exclusivement réservé aux couples mariés. Pour un partenaire pacsé, la protection résidentielle repose donc entièrement sur ce qui est inscrit dans l’acte de viager. Le DUH doit être expressément stipulé au bénéfice des deux co-crédirentiers.
Il est également conseillé de rédiger un testament pour sécuriser la transmission des autres actifs, car le partenaire pacsé n’est pas héritier légal en l’absence de dispositions testamentaires.
Les concubins : la rente peut être protégée par contrat, mais la succession est une autre histoire
Un concubin peut tout à fait être désigné co-crédirentier dans un acte de viager. La rente sera versée jusqu’au décès du survivant, comme pour un couple marié. La protection viagère contractuelle est identique.
C’est sur le plan successoral que la situation se complique.
En droit français, le concubin est assimilé à un tiers. En l’absence de testament, il n’hérite de rien. Pire, au décès du premier concubin, la valeur capitalisée de la réversion de rente peut être assujettie aux droits de succession au taux de 60 %.
Pour contourner ce problème, deux solutions complémentaires existent : se pacser avant la signature de l’acte de viager (ce qui ramène les droits de succession à zéro), ou placer le bouquet sur un contrat d’assurance-vie en désignant le concubin comme bénéficiaire, avec une exonération jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire.
Pour aller plus loin sur la transmission du patrimoine via le viager, notre guide viager et succession détaille les stratégies disponibles.
Quel type de viager choisir à deux ? L’impact sur le conjoint survivant selon la formule

Le « viager sur deux têtes » n’est pas une formule unique. Il se décline en plusieurs types de vente, chacun avec des implications très différentes sur ce que percevra le couple de son vivant et ce que conservera le survivant après un premier décès.
Choisir la mauvaise formule peut compromettre toute la protection recherchée.
Le viager occupé deux têtes : la formule la plus protectrice
C’est la configuration choisie par la grande majorité des couples. Dans un viager occupé, les vendeurs conservent le droit d’usage et d’habitation du bien jusqu’à leur décès.
Ils peuvent y vivre, y recevoir leurs proches, et dans certaines conditions y installer un proche à titre gratuit. En contrepartie, le prix de vente intègre une décote d’occupation, généralement comprise entre 40 et 50 % de la valeur vénale du bien, qui réduit mécaniquement le bouquet et la rente perçus.
Au premier décès, le DUH reste entier pour le survivant. Il ne perd aucun droit sur le logement. L’acheteur continue de verser la rente et ne peut pas reprendre possession du bien. C’est la formule qui combine le mieux protection résidentielle à vie et complément de revenus régulier.
Le viager libre deux têtes : des revenus plus élevés, mais le couple doit quitter le logement
Dans un viager libre, les vendeurs cèdent immédiatement la jouissance du bien à l’acheteur. Ils n’ont plus le droit d’y habiter dès la signature de l’acte. En contrepartie, l’absence de décote d’occupation se traduit par une rente et un bouquet nettement plus élevés, souvent de l’ordre de 30 à 40 % supérieurs à un viager occupé équivalent.
Pour le conjoint survivant, cette formule signifie qu’il ne peut s’appuyer sur aucun droit au logement lié au bien vendu. Sa sécurité résidentielle doit être assurée autrement : location d’un autre bien grâce à la rente perçue, hébergement chez un enfant, ou entrée en résidence spécialisée.
Le viager libre deux têtes convient aux couples qui disposent déjà d’une solution de logement alternative ou dont l’un des membres est déjà en établissement médico-social.
La vente à terme deux têtes : une rente garantie dans le temps, pas dans la vie
La vente à terme est souvent confondue avec le viager, mais elle obéit à une logique différente : la durée de versement de la rente est fixée contractuellement à l’avance, par exemple sur 15 ou 20 ans, indépendamment de la durée de vie des vendeurs. Si les deux décèdent avant le terme prévu, leurs héritiers continuent de percevoir la rente jusqu’à l’échéance. Si les deux vivent au-delà du terme, les versements s’arrêtent même s’ils sont encore en vie.
Pour un couple, cela signifie que la protection du conjoint survivant est garantie jusqu’au terme du contrat, mais pas au-delà. Cette formule convient à des vendeurs qui souhaitent sécuriser leurs revenus sur une période définie, sans exposer l’acheteur à une durée illimitée. Elle est en revanche moins adaptée aux couples qui craignent de vivre très longtemps avec des revenus insuffisants. La vente à terme peut aussi être conclue sous forme occupée, auquel cas les vendeurs conservent le droit d’habitation pendant la durée du contrat.
La nue-propriété avec réserve d’usufruit à deux : une alternative sans rente
La vente en nue-propriété est un montage distinct du viager, bien que souvent présenté comme une alternative. Le couple vend la nue-propriété de son bien tout en conservant l’usufruit, c’est-à-dire le droit d’y habiter et, le cas échéant, d’en percevoir les loyers.
L’acheteur verse un prix unique, comptant, avec une décote liée à la valeur de l’usufruit. Il n’y a ni bouquet au sens du viager, ni rente mensuelle. Pour en savoir plus sur les différences entre ces deux approches, notre comparatif viager ou nue-propriété les détaille côte à côte.
Pour un couple, le risque majeur de cette formule tient à l’usufruit. Par nature, l’usufruit s’éteint au décès de son titulaire. Si l’acte ne prévoit pas expressément de clause de réversion d’usufruit au profit du conjoint survivant, l’usufruit disparaît au premier décès et l’acheteur récupère immédiatement la pleine propriété du bien. Le survivant se retrouve sans logement, sans rente, avec seulement le capital reçu à la vente.
Cette clause de réversion d’usufruit est donc absolument non négociable dans le cadre d’une protection du conjoint, et doit être vérifiée méticuleusement avant signature.
| Formule | Rente mensuelle | Bouquet | Logement du survivant | Fin du contrat | Profil adapté |
|---|---|---|---|---|---|
| Viager occupé deux têtes | Modérée (décote occupation) | Oui | DUH à vie garanti | Au décès du dernier survivant | Couple souhaitant rester chez soi |
| Viager libre deux têtes | Élevée (pas de décote) | Oui, plus important | Aucun droit sur le bien vendu | Au décès du dernier survivant | Couple déjà relogé ou mobile |
| Vente à terme deux têtes | Fixe sur durée déterminée | Oui ou non | DUH possible si occupé | À l’échéance fixée (ex. 15 ans) | Couple voulant éviter l’aléa viager |
| Nue-propriété + usufruit à deux | Aucune | Prix comptant unique | Usufruit à vie (si clause réversion) | Au décès du dernier survivant | Couple préférant un capital immédiat |
Le choix entre ces formules dépend du patrimoine global du couple, de son état de santé, de ses revenus de retraite existants et de l’objectif poursuivi. C’est précisément ce qu’un expert viager est en mesure d’analyser pour orienter vers la solution la plus adaptée à chaque situation.
Les clauses essentielles à vérifier dans l’acte notarié
Un viager sur deux têtes mal rédigé peut annuler toute la protection recherchée. L’acte notarié est le seul document qui fait foi, et trois clauses méritent une attention particulière avant toute signature.
La clause de réversion à 100 % : la garantie que la rente ne sera pas réduite
Sans mention expresse dans l’acte, rien n’oblige l’acheteur à verser la totalité de la rente au conjoint survivant. Un acte peut très bien prévoir une rente réduite de 40 ou 50 % au premier décès. C’est légal, mais c’est évidemment défavorable au survivant.
La clause de réversion à 100 % stipule explicitement que la rente sera versée intégralement au survivant, sans réduction, jusqu’à son propre décès. Elle doit être vérifiée mot pour mot, et si elle est absente, négociée avant la signature. Un expert viager intègre systématiquement cette vérification dans son accompagnement.
Le droit d’usage et d’habitation au profit des deux crédirentiers
Le DUH doit être stipulé au bénéfice nommément des deux membres du couple dans l’acte. Si seul l’un d’eux est mentionné, le survivant de l’autre pourrait se voir contester son droit d’occuper le logement. Ce risque, rare mais réel, se matérialise surtout lorsque l’acte a été rédigé rapidement ou sans expertise suffisante.
Il convient également de vérifier que l’acte précise les conditions dans lesquelles ce droit peut être exercé après le premier décès, notamment en cas de souhait de mise en location du bien. Pour tout savoir sur qui supporte les charges entre vendeurs et acheteurs, notre guide taxes et charges en viager fait le point sur la répartition.
La clause d’indexation de la rente
Une rente non indexée vaut moins chaque année sous l’effet de l’inflation. Sur 15 ou 20 ans de versement, l’érosion peut être significative. La clause d’indexation prévoit que la rente est revalorisée chaque année en fonction d’un indice de référence, généralement l’indice des prix à la consommation publié par l’INSEE ou l’indice du coût de la construction. Elle doit figurer dans l’acte et préciser l’indice retenu ainsi que la date anniversaire de revalorisation.
Viager deux têtes et autres solutions pour protéger son conjoint : comparaison
Le viager sur deux têtes n’est pas la seule façon de protéger un conjoint, mais il cumule des avantages que peu d’autres dispositifs réunissent. Ce tableau permet de comparer les principales solutions disponibles.
| Solution | Protection logement | Revenus garantis | Capitalisation immédiate | Complexité |
|---|---|---|---|---|
| Viager deux têtes | Oui (DUH à vie) | Oui (rente à vie) | Oui (bouquet) | Modérée (notaire + expert) |
| Donation au dernier vivant | Partielle | Non | Non | Simple |
| Assurance-vie | Non | Non | Non | Simple |
| Pension de réversion | Non | Partielle et conditionnée | Non | Variable |
| Viager une tête (plus jeune) | Risquée si mauvais choix | Risquée si mauvais choix | Oui (bouquet) | Modérée |
La donation au dernier vivant renforce les droits successoraux du conjoint survivant, mais n’apporte ni revenus supplémentaires ni garantie de logement à court terme si le patrimoine est illiquide.
L’assurance-vie transmet un capital, mais ne génère pas de rente régulière.
La pension de réversion reste partielle et soumise à des conditions qui peuvent évoluer.
Seul le viager deux têtes réunit, dans un même contrat, sécurité résidentielle, revenus mensuels garantis et capital immédiat via le bouquet. Il peut d’ailleurs se combiner avec d’autres dispositifs : le bouquet perçu peut par exemple être placé sur un contrat d’assurance-vie pour optimiser la transmission.
Notre guide sur l’investissement du bouquet viager explore les options disponibles.
Exemple concret : ce que ça change pour un couple type
Martine a 71 ans, Jean-Pierre en a 74. Ils sont propriétaires d’un appartement de 90 m² dans une ville de taille moyenne, estimé à 280 000 €. Leurs retraites cumulées s’élèvent à 2 200 € par mois, mais leurs charges (copropriété, mutuelle, médicaments, aide à domicile) atteignent 1 950 €. Il leur reste moins de 300 € par mois pour vivre. Le moindre imprévu les fragilise.
Ils décident de vendre en viager occupé sur deux têtes. À l’issue de la simulation avec un expert, l’acte prévoit un bouquet de 35 000 € versé à la signature, et une rente mensuelle de 680 €. La clause de réversion à 100 % est inscrite dans l’acte, ainsi que le DUH au bénéfice des deux crédirentiers.
Deux ans plus tard, Jean-Pierre décède. Martine continue de recevoir 680 € par mois. Elle reste dans son appartement, dans les mêmes conditions qu’avant. L’acheteur ne peut rien exiger. Le bouquet, placé en assurance-vie lors de la vente, lui assure en parallèle une réserve disponible en cas de besoin. Sa situation, qui aurait pu basculer, reste stable. C’est précisément l’effet recherché par un viager deux têtes bien construit.
Ce qu’il faut retenir avant de se lancer
Le viager sur deux têtes est d’abord un outil de protection patrimoniale.
Il ne s’agit pas simplement de vendre un bien pour obtenir des revenus supplémentaires, mais de structurer cette vente de façon à ce que le survivant du couple ne soit jamais mis en difficulté. Pour cela, quatre éléments sont non négociables : la désignation des deux membres du couple comme co-crédirentiers, la clause de réversion à 100 % dans l’acte, le DUH stipulé au bénéfice des deux, et l’indexation de la rente.
Le choix de la formule, occupée, libre, à terme ou en nue-propriété, dépend de la situation globale du couple et ne doit pas être fait sur la seule base du montant de rente proposé.
Un couple qui souhaite rester dans son logement n’a pas les mêmes besoins qu’un couple dont l’un des membres est déjà en établissement de soins. Et un concubin qui souhaite protéger son partenaire n’a pas les mêmes enjeux successoraux qu’un époux.
Pour naviguer entre ces variables, le recours à un expert viager spécialisé reste la meilleure façon d’éviter les erreurs que l’on ne découvre généralement qu’après le décès.
Faites une demande d’estimation pour être mis en relation avec un expert viager de votre région.
FAQ sur le viager sur deux têtes
Est-ce que la rente diminue de moitié au décès du premier conjoint ?
Non, si la clause de réversion à 100 % est inscrite dans l’acte notarié. Au décès du premier crédirentier, la rente continue d’être versée au survivant dans son intégralité, sans aucune réduction. C’est précisément pourquoi cette clause doit être vérifiée avant la signature : en son absence, l’acte peut légalement prévoir un taux de réversion inférieur.
Que se passe-t-il si le survivant doit partir en maison de retraite ?
Le conjoint survivant peut renoncer à son droit d’usage et d’habitation et mettre le bien en location. Les loyers perçus doivent alors être affectés au financement de son nouvel hébergement, conformément à la jurisprudence en vigueur. La rente viagère, elle, continue d’être versée indépendamment du lieu de résidence du survivant.
Peut-on faire un viager deux têtes si on n’est pas mariés ?
Oui. Les partenaires pacsés et les concubins peuvent tous deux être désignés co-crédirentiers dans un acte de viager. La protection contractuelle est identique à celle d’un couple marié. En revanche, les protections successorales diffèrent significativement : les concubins restent soumis à des droits de succession de 60 % sur certaines transmissions, et n’ont aucun droit légal au logement. Le PACS et l’assurance-vie sont deux outils complémentaires à envisager pour compenser ces lacunes.
La rente viagère est-elle imposable pour le conjoint survivant ?
Oui, mais avec un abattement important. Les rentes viagères à titre onéreux sont imposées sur une fraction seulement, déterminée en fonction de l’âge du vendeur le plus âgé au moment du premier versement. Ce taux d’abattement est fixé une fois pour toutes et ne change pas, même après le décès du premier conjoint. Au-delà de 70 ans, seuls 30 % de la rente sont soumis à l’impôt sur le revenu.
Comment savoir si le montant de la rente proposée est juste pour deux têtes ?
Un écart de 15 à 20 % entre une rente une tête et une rente deux têtes pour le même bien et les mêmes vendeurs est normal et attendu. Il correspond au coût actuariel de la protection du conjoint survivant. Si l’écart proposé est supérieur à 20 %, cela mérite une vérification par un expert indépendant, qui pourra recalculer la rente sur la base des tables INSEE HF combinées et vérifier que les paramètres du contrat sont conformes aux pratiques du marché.
